Sa vie


Le soldat converti
La vie de Saint Martin nous est connue grâce à la biographie d’un de ses disciples enthousiastes : Sulpice Sévère, riche aristocrate bordelais, ayant renoncé à une brillante carrière d’avocat après s’être converti à l’ascétisme. Sa Vie de Saint-Martin, publiée du vivant de l’évêque de Tours, sera complétée par trois lettres ainsi que par les Dialogues sur les miracles de Saint Martin. Rapidement diffusée, maintes fois rééditée, l’œuvre de Sulpice Sévère demeure notre principale source d’informations sur la vie de Martin.

Chose étonnante, les écrits de Sulpice ne comportent aucune date ! D’où un flou sur la date de naissance de Martin : 316 ou 336 selon qu’on opte pour la « chronologie longue » ou la « chronologie courte ». Le lieu est quant à lui plus sûr : il s’agit de la ville de Sabaria, aujourd’hui Szombathely, dans l’actuelle Hongrie. Tout comme sa mère, le père de Martin est païen ; officier de l’empire romain, il rêve sans doute d’une carrière similaire pour son fils. Le nom de Martin n’est-il pas le diminutif de Mars, le dieu de la guerre ? Quelques années après la naissance de l’enfant, le père, nommé vétéran, se voit allouer une maison avec un champ pour y passer sa retraite. Elle se trouve dans la plaine du Pô, à Ticinium, l’actuelle Pavie. C’est là que Martin va passer son enfance, une enfance dont nous ne savons presque rien et qui va s’arrêter brutalement lors de son entrée dans l’armée impériale.
Désormais membre de la garde impériale, Martin réside à Amiens. Son grade lui permet de disposer d’un cheval et d’un esclave. Mais, loin d’abuser de son pouvoir, l’officier renverse les rôles et sert son esclave lorsqu’ils prennent leur repas ensemble. Ce geste annonce celui qui fera la gloire de Martin.

En cette année 335, l’hiver est particulièrement rigoureux à Amiens. A la porte de la ville, un pauvre est là, à demi nu, grelottant, demandant l’aumône ; personne ne fait attention à lui. Quant à Martin, il n’a rien à lui donner. Que faire ? Passer son chemin comme ils le font tous ? Martin, l’homme du partage, prend son épée, divise sa chlamyde en deux, en donne un morceau au pauvre et se rhabille avec le reste. La nuit suivante, le Christ lui apparaît dans son sommeil, vêtu de la moitié de la chlamyde donnée au pauvre. Il l’entend déclarer à la foule des anges : « Martin, qui n’est encore que catéchumène, m’a couvert de ce vêtement ». C’est sans doute cette vision qui va hâter son baptême. Sulpice Sévère mentionne ensuite que Martin a continué à servir l’armée pendant deux ans, avant de demander son congé à l’empereur Julien.

Le moine de Ligugé
Martin, une fois libéré de ses obligations militaires, se rend à Poitiers, auprès de l’évêque Hilaire qui a acquis une grande réputation de sainteté. Ne se sentant pas digne d’être diacre, il devient simplement exorciste. Sans doute désireux de retrouver une dernière fois ses parents, il entreprend un long voyage pour la Pannonie. Mais le séjour sur la terre natale sera de courte durée : l’Eglise du IVe siècle peut enfin exprimer sa foi au grand jour, l’édit de Milan (313) lui accorde toute liberté, les persécutions sont terminées, mais l’Eglise est déchirée. L’hérésie arienne, qui proclame que Jésus-Christ ne saurait être pleinement Dieu, a gagné à sa cause une bonne partie des fidèles et de la hiérarchie. La Pannonie est en majorité arienne, Martin, fidèle à la foi orthodoxe, en est expulsé. Sur le chemin du retour, il apprend qu’Hilaire a été contraint à l’exil.

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Où se rendre ? Sans doute le moment était-il venu de réaliser ce projet de retraite ascétique auquel il rêvait depuis toujours : Martin s’installe en face de la cité d’Albenga, sur la petite île de Gallinara. C’est le premier essai de vie érémitique, qui sera repris peu de temps après à Ligugé non loin de Poitiers. C’est là, à Ligugé, que les premiers disciples commencent à rejoindre Martin, formant ainsi une ébauche de monastère. C’est là aussi que l’ancien officier commence à opérer miracles et guérisons. Sa réputation de sainteté s’accroît.

L’évêque de Tours

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En 371, Lidoire, évêque de Tours, meurt. Martin est pressenti pour lui succéder. Mais lui qui avait jadis refusé d’être diacre n’allait pas se laisser persuader facilement de devenir évêque. C’est au terme d’un véritable guet-apens qu’il sera contraint d’accepter l’épiscopat : après avoir exprimé son refus, il reçoit la visite d’un tourangeau nommé Rusticus. Celui-ci se jette à ses genoux et le supplie de venir rendre visite à sa femme malade. Martin accepte et se met en route. Arrivé à Tours, il est acclamé par la foule : « Martin est le plus digne de l’épiscopat, heureuse sera l’Eglise qui aura un tel évêque ! » Certains évêques présents dans la ville, en particulier un certain Defensor, évêque d’Angers, sont farouchement opposés à cette nomination. « Ils disaient que c’était un personnage méprisable, et qu’un homme à la mine pitoyable, aux vêtements sales, aux cheveux en désordre, était indigne de l’épiscopat » note Sulpice Sévère. Mais les opposants de Martin sont rapidement confondus : le 4 juillet 370 ou 371, l’ermite de Ligugé est élu évêque de Tours.

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Homme de la mission, Martin n’a de cesse désormais de sillonner les routes pour annoncer le Christ à des populations rurales, encore attachées à leurs vieilles croyances. Détruisant temples et sanctuaires païens, déracinant les arbres sacrés, il baptise, prêche, fonde des paroisses et des ermitages. Nombre de ses visites sont accompagnées de signes et prodiges. Sa charge épiscopale l’oblige aussi à rencontrer les grandes de ce monde. Il se rend à plusieurs reprises à Trêves, n’hésitant pas à demander à l’empereur de se montrer clément envers les hérétiques. Ces multiples voyages ne l’écartent pas de ce qui a toujours été sa préoccupation essentielle : la prière, la contemplation. Homme de prière, Martin fonde un ermitage à Marmoutier, près de Tours. Il y est rejoint par des disciples, quatre-vingt d’après Sulpice Sévère. La vie de ces hommes s’apparente à celle moines, telle qu’elle sera plus tard communément pratiquée dans l’Europe chrétienne. Personne ne possède rien en propre, il est interdit d’acheter ou de vendre ; chacun se tient dans sa cellule, mais on se réunit pour la prière commune.
C’est l’âme en paix que Martin peut s’éteindre, le 8 novembre 397, à Candes, alors que le diable tente à nouveau de le détourner du Seigneur : « Pourquoi te tiens-tu, brute sanglante ? Tu ne trouveras rien en moi, maudit : le sein d’Abraham me reçoit ».


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